Depuis le temps que je vous entends parler de Ship et de NC-17, j'ai décidé de faire un essais.
Cette fic est trés courte mais ce n'est pas la taille qui compte, n'est-ce pas ?
[Ship/NC-17] 
Ménage à quatreC’est un de ces instants privilégiés où mes soucis sont oubliés. Je me sens bien, tout entier abandonné aux sensations que me procure mon bain. Le liquide me caresse tandis que je me tiens dans le courant. Il est chaud et réconfortant. Je perçois l’écho d’un rythme que je sais être celui de la vie. Mes papilles se délectent d’une saveur exquise. Oui, cela ne fait aucun doute, j’aime le contact, le bruit et le goût du sang.
J’ai beau passer ma vie dans ce bain écarlate, ne gagnant l’air libre qu’en de redoutées occasions, il me semble pourtant redécouvrir mes sens. Il est vrai que mon esprit se trouve d’habitude obnubilé par ceux de Martouf, si bien que j’en viens à percevoir mon propre corps comme l’on perçoit un cœur ou un estomac. Mais en cet instant je suis à nouveau et entièrement un être serpentiforme. Je me repose là où je ne manque de rien, indifférent au monde extérieur. La peau de mon hôte me revêt comme un drap de soie. Bientôt, le sommeil viendra me prendre à l’improviste, avec son cortège de rêves que j’espère doux.
Le charme vient de se rompre. Mon hôte est perturbé, beaucoup trop pour que je puisse l’ignorer. Résigné, je plonge davantage de mes filaments dans le méandre de ses nerfs, fusionnant par là nos sens, nos sentiments et presque jusqu’à nos consciences.
L’obscurité règne toujours dans la grotte dont je ne peux voir les parois de cristaux. Le silence est total en dehors du murmure des pioches dans le lointain. Car oui, tout là-bas, nos galeries rejoignent celles d’une mine de naquadah exploitée par les esclaves de Heru’hur. Les jaffas s’aventurent rarement au-delà d’une certaine profondeur, où les humains sont donc libres de disparaître à jamais. Certains disparus gagnent un monde meilleur, pour autant qu’une table cristalline chargée d’outres d’eau claire et d’un vrai repas réponde à cette notion. Martouf se trouve allongé sur un lit d’un confort relatif, tel qu’il l’était déjà lorsque j’avais laissé mes pensées se détacher des siennes. Alors que ma conscience de son monde devient totale, je découvre enfin ce qui l’a tiré de son sommeil et moi du mien.
L’un de mes anciens hôtes avait régulièrement des insomnies, dont il venait à bout en s’offrant un en-cas nocturne, ne fût-ce qu’un quignon de pain. Moi, évidemment, je n’ai jamais été concerné par ce genre d’habitude. Pourtant, après deux hôtes consécutifs présentant cette même tendance, j’en suis venu à croire que la chose se transmettait à travers moi, malgré son insignifiance ou peut-être grâce à elle. Il se peut que Jolinar connaisse un trouble similaire. C’est alors un tout autre appétit qui demande chez elle à être rassasié.
Nous étions déjà enlacés mais voici qu’elle se presse contre moi. Lèvres contre lèvres, paumes contre paumes, jambes contre jambes mais elle n’en est encore qu’aux préliminaires, dont je sais qu’ils peuvent avec elles prendre beaucoup de temps. Il faut dire que l’une de ses hôtes précédentes était prêtresse dans un temple où l’on célébrait la chose sous toutes ses sophistications. Elle n’ignorait rien du massage d’un corps par un autre corps, ce que Martouf ne pouvait s’empêcher d’apprécier. Il n’essayait d’ailleurs même pas. Quant à moi… Un symbiote tok’râ ne se contente pas de connaître les pensées de son hôte mais les accepte comme siennes. Il serait malhonnête de ma part de faire une exception.
Le massage se poursuit, lentement, bien plus longtemps qu’il ne devrait. Ainsi donc elle ne compte pas s’engager dans le vif du sujet. L’espace d’un instant, elle veut être dominée. Martouf ne l’ignore pas puisque je l’ai compris. Pourtant, il ne fait rien, il n’ose pas.
J’ai menti. Cette timidité un peu bête est un trait de caractère de mon hôte que je ne ferai sans doute jamais mien. Lui trouve mes manières par trop brusques. Ce qui se produit maintenant ne changera pas son opinion de moi, car je prends le contrôle sans prévenir et fais Jolinar mienne sans plus attendre. Mes yeux s’illuminent de satisfaction et j’aperçois un instant le visage de mon aimée, alors que de sa bouche délicate s’échappe un charmant petit cri.
Un cri, non un kree. Et ce regard entraperçu ne saurait être celui de Jolinar. Je réalise que le corps qui frémit entre mes bras a beau abriter le symbiote de Jolinar, il n’est en cet instant que Rocha. Certes, nous nous aimons tous quatre, par deux tels des aimants, par deux autres, et faute d’une meilleure traduction, telles des âmes sœurs. J’ai pourtant le sentiment confus que Rocha souhaite partager ce moment avec un homme de son espèce. Presque coupable, je redonne lentement à Martouf le contrôle de ses gestes. Ce dernier se presse de murmurer le nom de Rocha au creux de son oreille. J’avais vu juste, je pense, car l’effet ne… oui… s’en fait guère attendre.
Si le temps se mesure en battement de cœurs, alors celui qui s’écoula fut considérable. Martouf et Rocha finissent cependant par mettre fin à leurs ébats. La fatigue s’empare d’eux. Le calme retombe après la tempête, ou bien est-ce avant?
Car j’entends la voix de Rocha mais il y résonne désormais celle de Jolinar. Pour moi, ce sont des intonations au combien plus riches que celles d’une voix humaine pour ainsi dire nue. Voici ce qu’elle me dit : « Les humains fatiguent vite, n’est-ce pas, Lentash ? ». J’entends les pensées de mon hôte, me priant d’un peu de pitié. Qu’à cela ne tienne, je donne à sa chair l’énergie qui lui manque et me jette sur…
Oui, c’est bien Jolinar, et elle a décidé de me prendre de haut, si vous voulez bien me passer l’expression. J’accepte cette situation mais temporairement. Après quelques retournements de situation, l’histoire se finit, comme bien souvent, à même le sol.
À la surface, les soleils se lèvent, toujours occupés à leur valse millénaire. Dans nos galeries, certains cristaux se mettent à diffuser leur lumière. Martouf et moi nous réveillons avant Jolinar/Rocha. Nous les regardons dormir. Il n’est tableau plus beau.
Jolinar et moi sommes ensemble depuis de nombreux hôtes. Je ne crois pas possible de me lasser jamais d’elle. Certaines mauvaises langues diront que c’est chose facile avec une compagne tour à tour brune, blonde ou rousse. C’est bien sûr une partie de la vérité. Mais j’ai connu Jolinar dans la vieillesse de ses hôtes et nombreuses furent celles à qui la nature n’avait jamais fait les mêmes dons qu’à Rocha. Il n’en fut pourtant pas une qui ne donna une saveur toute nouvelle à notre amour.
Les Goa’ulds se pensent riches. Si seulement ils savaient combien ils sont pauvres.
FIN